
Reprenons si vous le voulez bien l’introduction du post précédent, les « aventures du charismatico-anémique Reb Brown contre des artefacts de Darth Vador engendrés par le génie démoniaque d’une copie carbone d’un docteur Doom d’opérette ». Certes, avec le recul, ces mots peuvent paraitre quelque peu rudes… Néanmoins, je me dois, nous nous devons d’éclaircir notre propos. Ne pas s’attendre au croisement ultime, à savoir George Lucas VS Francis Lopez, un mix improbable qu’on ne verra jamais… cruelle désillusion… Mais séchez vos larmes, nous avons trouvé l’antidote contre la morosité (synonyme de fêtes de fin d’année…c’est selon…).Les productions italiennes ont longtemps tenu le haut du pavé en matière de série B, et quand il s’agissait de glisser du côté du versant abrupte, nos amis transalpins ne furent pas non plus les derniers pour nous abreuver de nanars à la caisse. N’empêche, le cinéphile averti sait que toute bonne production nanar se doit d’avoir dans son capital une dose non négligeable de livres turques (honte sur moi, sur nous, mais nous avons dû faire une recherche pour découvrir que l’unité monétaire de la Turquie était la livre, enfin « la nouvelle » livre turque…), nos yeux devenant ainsi très rapidement embués en repensant à cette coproduction turque, véritable joyau de la filmographie de Jean-Marie Pallardy, White Fire. Ainsi, quand nous eûmes vent que le film d’Anthony M. Dawson (en fait Antonio Margheriti…), Yor, le chasseur du futur, était une coproduction turque, tournée qui plus est en Cappadoce (au moins au niveau des décors naturels, on peut apprécier ce choix judicieux, sauf que…), nous nous évanouîmes, le choc émotionnel ayant atteint son point de non retour.
Premier indice, ne pas trop se fier à l’affiche dessinée par maître Druillet. Plutôt choisir la seconde, qui même si comme toute bonne affiche pour ce genre de production, cache honteusement la misère (sans compter que la dite image ne provient pas du long métrage… enfin ça aussi, c’est une habitude…). Certes, que voyons nous ? Un homme des âges farouches, une brune agrippée à l’une des jambes galbées de notre héros, et quelques spots lumineux dans le ciel qui ressemblent étrangement à des soucoupes volantes… diantre !!! De quoi aiguiser la curiosité du cinéphile retors…
Voici donc les aventures de Yor, à la fois chasseur et défenseur des plus faibles (ce qui avouons le n’est pas une sinécure… surtout durant la préhistoire). Et quoi de mieux en guise d’introduction lors du générique que d’apprécier notre blond héros gambader à travers les paysages de la Cappadoce le sourire niais et la hache à la main. Arrêtons-nous une minute sur les deux acteurs principaux, le mâle dans toute sa blonditude (vous pouvez ajouter aussi bravitude pour définir le garçon…), joué par Reb Brown, mètre étalon en matière de charisme atrophié et port altier de la perruque ridicule (certaines mauvaises langues racontent que Christophe Lambert lui aurait tout piqué pour son rôle dans Vercingétorix… mais ne croyez pas ces vils mensonges, notre Totophe national porte de toute façon mieux la fausse moustache…), et Corinne Cléry, « connue » à l’époque pour ses rôles dans Histoire d’O (hum hum…) et le mémorable Moonraker (James Bond VS Star Wars… avec Georges Beller !!!).
Une fois n’est pas coutume, nous ne déflorerons pas (totalement) l’histoire, mais nous retiendrons certains points marquants qui méritent d’être soulignés. Ainsi, détail relativement important s’il en est, tout au long du métrage, nos héros croiseront la route de diverses créatures… un tricératops, un ptérodactyle (enfin on va dire ça…), et autres dinosaures en carton pâte… Dès lors, juste après le générique (sublimé par ces paroles qui résonnent encore en moi, en nous : “Yor's world, he's the man! Lost in the world of past with the echo of ancient blast. There is a man from future, a man of mystery. Yor's world! ”), Yor (“he's the man!” je vous le rappelle) sauve Kala (Corinne Cléry) qui n’a pas oublié d’utiliser son après-shampooing (une chevelure chatoyante en ces temps reculés était le signe de bonne santé… comme les canidés et leur poil soyeux ?) d’un dangereux tricératops. Rien de plus normal, pour l’instant… Et pourtant on appréciera la phrase de Yor, qui inspirera un célèbre philosophe moustachu allemand du XIX, « Boire le sang de ses ennemis rends plus fort » ce à quoi, le père adoptif de Kala, le brave Yak répond « Je préfère rester faible… ». On peut être un homme des cavernes et avoir de l’esprit (vous en doutiez ?).
Mais ne croyez pas que ce film d’aventures ne se résume que par ses bons mots ! Un film de cette trempe se doit de contenir de nombreuses scènes d’action, montrant ainsi la bravoure de notre preux (qui a dit niais comme le sourire de Reb Brown ?) Yor. Deux scènes ont attiré notre attention, celle où Yor sauve Kala de méchants barbus poilus ayant capturés les femmes et les enfants (d’abord) du village de Yak. Pour se faire, Yor (“he's the man!” pour rappel) tue notre « ptérodactyle » cité plus haut et l’utilise comme deltaplane pour entrer par surprise dans la cave de nos néandertaliens de bas étage. La seconde scène choc se produit à la toute fin du film, une scène digne de Cecil B. De Mille et son Sous le plus grand chapiteau du monde, Yak et Yor dans un numéro de trapèze tout bonnement… stupéfiant…
Autres points susceptibles de convaincre les plus réticents d’entre vous, Yor, le chasseur du futur est un film à forte charge émotionnelle. Il faut voir le regard de Reb Brown mimant magistralement l’amibe lorsqu’il découvre que le médaillon qu’il porte est le signe d’appartenance à un autre peuple… dont le deuxième représentant n’est autre que la blonde (déesse à mi-temps de momies nanars…) lui expliquant ce mystère mystérieux… Par contre j’ai, nous avons beaucoup apprécié quand Yor sauve des villageoises d’un vil monstre dans une grotte près d’une plage. Une fois sauvées, Yor arrivé au village se voit proposé par le chef la main de sa propre fille, qui se croit obligée de surenchérir par un « take me with you stranger »… cette fois ci, au contraire de Reb Brown, nous avons débordé d’émotions…
N’oublions pas tout de même le titre de ce long-métrage, car en partant du postulat que la perruque de Yor n’est pas un ustensile du futur, nous n’avons pas encore vu une once de SF !!! Justement, la dernière demi-heure est celle des grandes révélations, par exemple qui sont les parents de Yor ? Sur une île, nous découvrons que Yor n’est autre que le fils d’un couple de rebelles, île à la solde d’un tyran qui souhaite engendrer une nouvelle race d’androïdes… avec le sperme de Yor… (Au passage notre docteur Doom du pauvre veut obliger Yor à « inséminer » miss après-shampooing (pourquoi ? alors là…)).
A l’heure du bilan, il faut admettre que Yor, le chasseur du futur n’atteint pas toutes les promesses escomptées. Margheriti aurait pu mieux filmer les paysages turcs, et ajouter un peu plus de rythmes par exemple. Néanmoins, ne gâchons pas notre plaisir, Reb Brown fait honneur à sa réputation d’acteur nanar, et le voir se battre face à des lasers qui font piou-piou le tout en slip et moon boots en fourrure devrait ravir les cinéphiles déviants.
Le générique de Yor et sa magnifique chanson
Yor's world, he's the man!
Yor's world, he's the man!
Yor's world!
Lost in the world of past
with the echo of ancient blast
There is a man from future, a man of mystery
Yor's world!

