The Addiction - Abel Ferrara : This Vampire Wanna Get High

Quand le réalisateur et le scénariste de King of New-York ou d’Angel of Vengeance (Ms. 45) décidèrent de revisiter le mythe du vampire en 1995 sur leur nouveau long métrage The Addiction, pouvait-on décemment s’attendre à un résultat iconoclaste ? En connaissant un tant soit peu la filmographie du marginal (mais ô combien sympathique et déjanté) Abel Ferrara, la réponse parait évidente. Ferrara et Nicholas St John nous propose une version moderne du vampirisme à la fois urbaine et teintée de philosophie, une troisième voie originale en somme le vampire ayant été décrit en général par le passé comme un tueur sanguinaire dénué de sentiments ou comme un héros romantique atteint d’une terrible malédiction (comme le Dracula de Coppola : "J’ai traversé des océans d’éternité pour vous retrouver" ou quelque chose comme ça… forcément avec des phrases chocs comme ça, la petite Mina… croc... ou crac au choix).
 
En faisant table rase du passé, à savoir rayer les différents aspects « folkloriques » qui définissent le vampire, le duo Ferrara/St John décident dès lors d’inscrire l’histoire au plus près de la réalité (quitte par conséquent à déplaire aux quelques intégristes de la cause vampire…). Sans déflorer l’intrigue, l’un des points les plus originaux survient au début du film, lorsque l’héroïne, l’étudiante Kathy Conklin (jouée par la talentueuse Lilly Taylor… soit bien des années avant de faire un enfant dans le dos à ce pauvre Nate Fisher), croise le chemin d’une demoiselle vampire (Annabella Sciorra). Cette dernière lui laisse en effet le choix d’accepter ou non la morsure qui fera d’elle par conséquent un futur membre du club privé des croqueurs de jugulaires (dans ce cas précis, nul besoin de goûter au sang du non-mort pour devenir vampire, une morsure suffit). Ce détail met dès lors en lumière la patte de Ferrara et ses différents questionnements (le libre arbitre, le déterminisme…) mais avant tout sa relation avec la religion, thème récurrent dans sa filmographie (le point d’orgue étant atteint avec Bad Lieutenant et le thème de la rédemption et du pardon).
 
Néanmoins, le parti pris le plus intéressant (hormis le fait que l’ail et les UV ne posent guère de soucis aux vampires dans le cas présent) vient du fait que nous suivons pas à pas la lente transformation physique et psychique de Kathy Conklin. Transformation qui s’inscrit dans la tradition du récit initiatique, l’héroïne croisant ainsi au cours de l’histoire divers personnages dont un vampire ascète interprété par l’énigmatique Christopher Walken (ce dernier lui conseillant la lecture du Festin nu de William Burroughs en réponse à ses questions!). La jeune femme subit dès lors à la fois les affres d’une nouvelle addiction et un changement dans sa personnalité.

Le seul point qu’on pourrait reprocher au long métrage d’Abel Ferrara provient de la trop grande place qu’accapare par moment les monologues de l’héroïne, cette dernière étant doctorante en philosophie, on serait en droit de trouver certains passages un peu trop «verbeux». Détail néanmoins intéressant indiquant que ce projet est avant tout l’œuvre de son scénariste, Ferrara s’étant fait vampirisé pour l’occasion par St John. Hormis ce petit reproche, on soulignera la magnifique photo noir et blanc de The Addiction et ce nouveau regard porté sur la symbolique du vampire, ce dernier synthétisant les différents addictions humaines.

Film atypique à l’image d’Abel en somme

4 commentaires:

  1. J'ai vu la majorité de ses films... Mais celui-ci je l'ai loupé ! Bref je vais essaye de voir prochainement car ta note ma donné envie. Au sujet d'Abel moi préféré reste "NY 2h du matin".

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  2. J'avoue n'avoir jms vu ce dernier datant de 1984 :( Pour l'instant du moins, je suis assez classique en ce qui concerne Abel... ma preference reste "King of New York"

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  3. Tiens donc, toi aussi tu as des lacunes^^

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  4. oui bah c'est pas pour me chercher des excuses, mais disons que depuis 3 ans (HK+chomage en France+Hollande) autant musicalement je suis toujours aware (lol) autant pour le cinoche, c'est + difficile :S

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