vendredi 28 décembre 2007

1987: bilan d'une année musicale

Non parce que bon, qui dit fin d'année, dit bilan toussa... Du coup tout le petit monde fermé des blogueurs va nous pondre (enfin je dis ça, tous les vendeurs de papier vont faire de même) son best of de l'année 2007. Refusant de faire comme tout le monde, histoire de faire mon intéressant et ayant une réputation de c****** à tenir (encore que ces derniers temps, ça serait plutôt une réputation de psychopathe), voici donc non pas un bilan forcément subjectif de l'année musicale passée, mais plutôt un petit coup de rétroviseur sur l'année 1987 (tout aussi subjectif en passant puisque je ne retiens que ce que je veux! sinon allez sur wikipedia et me bavez pas sur les rouleaux).

Déjà comme on peut le laisser supposer, nous situant dans les 80's, aucun album des anciennes gloires des 70's n'a réussi à créer quelque chose qui marquera les esprits. Dans les demi-surprises, Carlos Santana sortira un Blues for Salvador honorable hormis cette satanée production made in 80's... Pour le reste, Bowie nous gratifie de Never Let Me Down, Neil Young de Life et le Pink Floyd de David Gilmour d'A Momentary Lapse of Reason... Bref merci pour ce tiercé gagnant, mais ça sent le sapin.

Pour continuer dans le mauvais esprit, j'ai voulu regarder parmi les grands succès de cette année (ouais là je fais mon snob...), bah là aussi c'est du bon, on retiendra Los Lobos et leur La Bamba et Rick Astley et son fumeux Never Gonna Give You Up (à froid je ne me rappelais pas de ce truc... après un passage éclair via deezer, j'ai compris ma douleur... Je connais ce machin qui attaque méchamment les neurones!!). Sinon il parait que U2 aurait cassé la baraque avec un With or Without You issu d'un certain The Joshua Tree, mais moi ça me dit rien (mauvais esprit mais aussi de mauvaise foi...).

1987 rime surtout avec l'apparition de deux classiques du rap (les vieux comme moi n'oublieront pas d'ajouter la mention "old school"...), à savoir le Paid in Full d'Eric B & Rakim (ce dernier ayant un flow d'une "coolitude" exceptionnelle) et le premier méfait de Public Enemy Yo! Bum Rush the Show. Au rayon musique groovy, difficile aussi de faire l'impasse sur le Sign 'O' the Times du nain pourpre, qui même si personnellement la production datée fait partie des points faibles du disque de Prince, reste parmi les plus belles réussite de la pop des 80's. Au rayon funk à vocation plus punchy et histoire de rajouter une couche sur l'autel de la snob attitude, on écrasera une larme sur le dernier album enregistré par Hillel Slovak (et accessoirement le dernier album des Red Hot Chili Peppers qui m'intéresse, quel snob je fais).

En parlant de musique punchy, ceci me permet de faire le lien sur ce qui fut une bonne année en matière de musique pop/rock à forte valeur ajoutée en saturation et assimilés. 1987 voit ainsi l'émergence des Pixies avec leur premier LP Surfer Rosa mais aussi les confirmations avec les seconds albums des Jesus & Mary Chain, Darklands, ou celui des Hüsker Dü, Warehouse: Songs and Stories. Du côté de NYC, la bande à Thurston Moore n'est pas en reste puisque Sister, second volet d'une trilogie entamée l'année suivante par Evol, est l'un des meilleurs albums enregistrés par Sonic Youth. De même, Jello Biafra and co offre, en 1987 en guise de conclusion à une des meilleures formations punk US qui soient, les Dead Kennedys, une excellente compilation gavée d'inédits, Give Me Convenience or Give Me Death. Et puis après la causticité des textes de Jello, ne pas oublier aussi les fous en provenance du Texas, les classieux Butthole Surfers et leur Locust Abortion Technician, un album qui mixe allégrement le punk, le rock psychédélique, des rythmes déconstruits et quelques riffs métalliques (si à la lecture de ceci vous vous dites que ça annonce Mr Bungle, vous n'avez pas tord!).

Le niveau de virulence ayant monté d'un cran, intéressons nous à ce qu'il convient d'appeler la musique des jeunes qui voudraient se faire passer pour des méchants... Finalement, on serait tenté de dire que 1987 fut une petite année comparée à 1986. Faut dire que lorsque la même année, on nous gratifie d'un Master of Puppets et d'un Reign in Blood, difficile s'il en est de faire aussi bien. Néanmoins, il reste encore quelques petites rognures à grignoter, et non des moindres pour l'amateur de musique extrême! A commencer déjà par la première véritable pierre angulaire du death metal, le premier album de Death, Scream Bloody Gore, et aussi le premier monument du grindcore par les jeunots de Napalm Death, Scum. On soulignera aussi l'album des suisses Celtic Frost, Into the Pandemonium, avec la fameuse pochette issu d'un tableau de Jérome Bosch. Album qui à défaut d'avoir franchement bien vieilli, montre que l'on peut être l'un des pères du black metal et s'intéresser au gothique ou à l'électro.

La transition est donc toute choisi pour cette partie, vous l'aurez deviné! 1987 présente ainsi le premier chef d'œuvre du duo Gerrard/Perry à savoir Dead Can Dance et leur fabuleux Within the Realm of a Dying Sun, une œuvre intemporelle. Du côté de chez les allemands aussi les musiques nouvelles ont le vent en poupe puisque les papes de la musique industrielle, Einsturzende Neubauten, nous gratifie d'un Fünf Auf Der Oben Offenen Richterskala mémorable, plus implicite, plus froid et mélodique. En guise de mélodie et d'électro/pop, 1987 voit l'ascension de plus en plus irrésistible de Depeche Mode avec Music for the Masses qui depuis leur sombre album précédent et l'apport visuel de Corbijn efface définitivement les errements des jeunes années.

Pour finir et sans transition aucune, en cette année apparait un hommage sincère à Lady Day par l'une de ses plus grandes admiratrices, Abbey Lincoln, avec son Abbey sings Billie. Au rayon jazz mainstream, Pat Metheny signe un Still Life (Talking) certes grand public mais bluffant, ce dernier ayant assimilé magnifiquement l'apport de la musique brésilienne.



samedi 22 décembre 2007

Le corps et l'âme selon Trane & Lady Day

Depuis aujourd'hui, j'ai récupéré une fameuse vidéo pirate de Led Zeppelin datant d'un concert de 1977 à Seattle. Alors vous ajoutez les quelques commentaires de soutien que j'ai reçu et le concert de Page, Plant, Jones et Bonzo, ça écarte un moment mon vague à l'âme (faut être réaliste, du mal à croire que ça se ne repointe pas assez rapidement quand même...).

Bref ce concert à Seattle m'a rappelé au bon souvenir d'un disque live de Trane enregistré dans cette même ville un soir de 30 Septembre 1965. Il faut tout de même se remémorer que 1965 fut l'année riche pour Trane et son quartet. Certes, 1964 aussi, pourra me rétorquer à juste titre le connaisseur. En effet, difficile de faire l'impasse sur cette mythique année puisqu'est paru en 1964 l'un des plus beaux disques qui soit, A Love Supreme.

Or justement, que ce soit dans la famille du jazz ou d'un point de vue plus restreint, à savoir Trane et ses musiciens, il y a eu et il y aura toujours un avant et un après A Love Supreme. Maladroitement, on serait même tenté de parler de fuite en avant, Trane a découvert quelque chose de si grandiose qu'il ne peut plus reculer désormais. Aller encore plus loin, se remettre en cause perpétuellement. Dès lors, ses musiciens auront toutes les difficultés à le suivre, en particulier le batteur Elvin Jones et le pianiste McCoy Tyner, mais là je vais un peu trop vite en besogne...

Ainsi en 1965 entre les disques sortis cette année où ceux qui furent enregistrés cette même année mais qui sortiront un peu plus tard, on dénombre pas moins de 11 albums environ. Une année riche dirons nous. On retiendra son attirance pour la musique africaine sur Kulu Sé Mama (amour qu'il avait déjà avoué sur des disques précédents comme Africa/Brass en 1961) avec l'intervention du chanteur percussionniste Juno Lewis, disque qui permet aussi d'agrandir pour l'occasion le quartet de Trane et d'inviter d'autres musiciens. 1965 voit aussi naître l'autre manifeste du free jazz, Ascension, un monstre, 40 minutes de musique sans aucun compromis où chaque invité (et non des moindres: Archie Shepp, Marion Brown, Freddie Hubbard, Dewey Johnson, John Tchicai et le fils prodigue Pharoah Sanders) a droit à son espace de liberté (Trane n'y joue en effet qu'un seul solo de sax).

Mais comme je le disais plus haut avec cet amour effréné pour la découverte, les sidemen de Trane ont quelques difficultés à suivre les traces du maître. Faut dire que ce dernier est loin, très loin... Entre un Meditation en studio qui en remet une couche (Trane s'adjoint les services d'un deuxième batteur Raschied Ali) et des performances live toujours plus proche de l'abstraction, McCoy et Elvin jetteront définitivement l'éponge...

Aujourd'hui, enfin cette nuit, rapport aussi à une thématique soulevée par Thom, voici donc le titre Body & Soul joué par Trane et son quartet (plus le clarinettiste Donald Rafael Garrett et Pharoah Sanders au sax ténor) ainsi que la version intemporelle de 1940 chantée par Lady Day (là je soupire... un ange passe comme dirait l'autre), miss Billie Holiday.

jeudi 20 décembre 2007

L'appel du vide

Une semaine que je n'ai point posté... Pourtant, difficile pour ma part de prétendre ce retard à un emploi du temps surchargé. Sauf que quand ça veut pas, ça veut pas d'abord! Limpide comme prétendu explication, n'est il pas?
Chez certaines personnes, même si leur mal être ne fait point office de muse, ce sentiment douloureux ne les empêche pas d'écrire, de créer, de coucher sur le papier ou que sais je encore ce qu'ils peuvent ressentir, ou même tout simplement s'occuper l'esprit pour ne pas sombrer... Chez moi, c'est l'inverse, envie de rien. Ce n'est pas l'envie de ne vouloir rien faire, le choix décidé de la passivité, non c'est plutôt celui de l'incapacité, on voudrait bien mais rien ne sort. Aucune envie. Aspiré par le vide je suis.

jeudi 13 décembre 2007

Street Hassle: Lou Reed, Parrain du Punk?

Mes plus anciens lecteurs (donc pas grand monde) doivent se souvenir qu'à une certaine époque, chaque mois, un post était dévolu à un affreux jojo (pas la vinasse donc), alias monsieur Lou Reed. Aujourd'hui, intéressons nous à un album qui m'est cher, Street Hassle, sorti en l'an de grâce, 1978.

Je ne vous rappellerai pas qu'à cette époque, le punk à New-York c'était comme le twist à St Tropez, en plus d'être indissociable, la grosse pomme était un véritable bouillon de culture. Bref, les Television et autres Ramones foutaient le feu. N'empêche, y'en a un qui regardait ça d'un drôle d'oeil, c'est le père Lou Reed, car même si très rapidement il a eu droit au sobriquet de parrain du Punk, ce genre de titre ressemble assez au récompense qu'on file aux artistes oubliés en fin de carrière (ça me fait penser à Bernard Blier qui reçoit son César d'honneur quelques mois avant de mourir... bravo les mecs... certes on pourra toujours rétorquer à juste titre que les récompenses c'est bidon, certes, mais tout de même...).

Ainsi après nous avoir écrit son album le plus délicat, Lou décide de suivre le train en marche et très (trop) rapidement, sieur Lou nous lâche en novembre 1976, Rock and Roll Heart, son premier album sur Arista. Le suspense n'étant point de mise, vous vous en doutez, l'album est une déception, totalement bâclé, à vouloir surfer sur la vague naissante, notre Lou s'est gaufré lamentablement... Résultat: mauvaise critique et vente insignifiante (vous me direz, Lou n'a jamais vendu des masses... ouais mais là, encore moins!).

Dans ces cas là, une petite remise en cause serait de bon aloi. Et justement, Lou Reed va mettre profit un temps de réflexion pour nous concocter un album qui fleure bon la misanthropie et le retour d'une ambition artistique qui avait disparu depuis Berlin. Ainsi, après avoir laisser la vague punk passer, Lou enregistre un album volontairement mal léché, cru et sombre, Street Hassle.

L'album s'ouvre ainsi sur Gimmie Some Good Times, qui reprends musicalement son fameux Sweet Jane, sauf que là, la relecture ressemble surtout à jet d'urine balancées sur ses propres erreurs. Lou Reed se parodie pour mieux vomir sa bile, et encore il ne s'agit que d'un hors d'œuvre. Quand vient le titre suivant, Dirt, on comprend qu'on a à faire à un Lou en verve. Ainsi Dirt est musicalement rampant, poisseux, délicieusement crade (bref tout pour me plaire), mais cerise sur le gâteau, Lou a écrit des paroles qui collent on ne peut plus avec la production de la dite chanson: un concentré de rancœur, de haine envers soi-même et envers les autres (mmmh en écrivant ceci, je comprends mieux pourquoi j'affectionne tant cette chanson).
Histoire de relever un peu la tête, la chanson éponyme nous convie à l'une des chansons les plus ambitieuses de Lou, un long poème de 11 minutes chapitré en trois parties où les cordes ont une place prédominante. On pourra d'ailleurs faire un parallèle avec The Bells le morceau éponyme du prochain album presque aussi long et ambitieux (avec en guest le trompettiste de free jazz monsieur Don Cherry). Viens ensuite le goguenard I Wanna Be Black où Lou se moque des lieux communs vulgaires qui tournent autour des noirs, un grand moment d'humour au vitriol. Musicalement, ce morceau se rapproche d'un rhythm & blues (et la version live sur Take No Prisoners encore plus), proche des blues brothers mais en plus sale donc. Real Good Time Together sous couvert d'une prod toujours aussi crade, fait office d'un bon p'tit rock 'n' roll des familles.

Après cette légère parenthèse, Lou Reed recrache le fiel qui lui reste sur Shooting Star et ce qu'il lui reste de misanthropie sur le dantesque Leave me Alone. L'album se clôt sur Wait morceau qui parle de proposition indécente sans en donner les contours... la classe ce Lou.

Au final, sans doute pas le meilleur de Lou Reed, mais un de mes préférés, un album personnel, cru, audacieux, mal embouché où la grâce croise la saleté.

Aujourd'hui, je vous propose le titre Dirt ainsi que la vidéo d'un extrait de concert donné par Lou Reed le 14 Juillet 1980 en Italie où nous avons droit aux deux premières chansons du set, à savoir Sweet Jane et Real Good Time Together (la qualité est loin d'être optimale je précise).

You're just dirtYou're just dirt, The only word for you is dirtThat's the only word that hurt, You're just dirtThat's all you're worth - cheap, cheap dirtYou know they call itCheap, cheap, cheap, cheap, uptown dirt


mardi 11 décembre 2007

Bertold Brecht cover

Je dois vous avouer quelque chose (vous avez droit de passer les deux premiers paragraphes, ça risque d'être à mon image...), j'ai un certain don pour me pourrir le cerveau tout seul comme un grand. Certes, j'en tire aucune gloire, premièrement parce qu'il serait étonnant d'en tirer une quelconque gloire: "ouais super, je suis miné" et grâce à quoi? "grâce à ma stupéfiante et ô combien envieuse capacité à me flinguer les neurones" (Mr Coué is back) et comment? (oui car en bon scientifique (?!), LA question n'est pas "pourquoi" je vous le rappelle, mais l'ultime "comment?"... J't'en pose des questions c******! Sauf que là, précisément, c'est moi qui ait posé la dite interrogation, alors bon, passons...)

Disons, pour faire simple, qu'il me faut pas grand chose, le vol d'un papillon, une mouche atteinte de flatulence, et pif paf pouf, je sors ma pioche... Secondement (oui petit rappel, il y avait un premièrement), la gloire que je pourrais en tirer est loin d'être viable socialement (ni commercialement d'abord, fichtre! pourtant payer quelqu'un pour miner le moral des autres ça me plairait assez comme reconversion, le métier de bourreau n'étant plus à la mode...), alors au final, on attends que ça passe en tentant de faire le moins de remous possible (n'étant pas à l'abri d'un dommage collatéral), comme toujours...

Dans ces cas là, on s'écoute How Fortunate The Man With None de Dead Can Dance chanté par Bendan Perry, issu de l'album Into The Labyrinth de 1993 d'après un poème de Bertold Brecht datant de 1928 Die Ballade von den Prominenten.

jeudi 6 décembre 2007

Shakti: un anglais et quatre indiens

C'est pas pour dire, mais c'est pas facile tous les jours d'avoir un cerveau qui fait office d'éponge (ou de pompe à m**** selon l'humeur), bref j'oublie rien... Et comme je l'avais déjà souligné, le fait d'être un affreux personnage qui a la rancune tenace (bel euphémisme) n'arrange rien, et nul besoin d'un test de personnalité (merci à rxqueen, je l'ai quand même fait... enrichissant dirons nous) pour savoir qu'à la première saloperie aussi minuscule soit elle, je sors les crocs (ou pire encore...).

Je vais donc aujourd'hui réparer une injustice que j'avais lu il y a quelques années sur un vulgaire site web, à savoir c'est bien gentil de cracher sur John Mclaughlin encore faut il avoir des arguments. Cela dit l'article que j'avais lu n'attaquait pas directement l'ancien sideman de Miles, mais suffisamment pour que je crie réparation!!! En fait l'auteur disait en substance que si Jimi était encore en vie, ce dernier enregistrait des albums de jazz-rock insipides qui finalement ne pourraient intéresser que les admirateurs de McLaughlin... On sent déjà le mec qui connait bien la discographie de l'ancien Mahavishnu. De la même manière, un autre brigand avait trouvé dommageable que Miles n'ait pu enregistrer des sessions avec Jimi et qu'il est du se rabattre sur un second couteau comme McLaughlin... On croit rêver...

Pour faire court, il n'est point difficile de constater la versatilité musicale de McLaughlin, aussi agile dans le post bop, le jazz rock, le jazz manouche, ou le jazz lorgnant vers la musique indienne ou le flamenco. De même, se tripoter sur ce qu'aurait pu donner la rencontre entre Miles et Jimi, ça nous fait une belle jambe. Certes, la prestation en tant que sideman du fameux gaucher au côté de Larry Young n'était point honteuse, mais je me garderai à faire des suppositions sur la rencontre entre Miles et Jimi. Et puis qui dit que Jimi aurait accepté en plus l'invitation! Miles avait proposé à Carlos Santana et ce dernier avait gentiment décliné l'offre, ne se sentant pas les épaules suffisamment larges, alors hein bon, tout ça pour dire que les fantasmes de ce genre, merci bien!

Après ce passage plus ou moins utile, quelques lignes sur l'autre formation cultes du guitariste anglais, Shakti. En 1975, le Mahavishnu Orchestra est en bout de course, même si la seconde formation du groupe n'a pas sorti des albums foncièrement mauvais (encore que Inner Worlds), difficile d'oublier les McLaughlin, Cobham, Goodman, Hammer et autre Laird et leurs deux premières offrandes, Inner Mounting Flame et Birds of Fire. Forcément, on pourra toujours faire le procès du genre musical, on aime ou on déteste, pourtant les défauts inhérents au style à savoir un côté froid et démonstratif n'ont pas lieu d'être sur les deux premiers LP. Maintenant, il est clair qu'on peut regretter l'influence qu'a eu le groupe sur les futurs formations de jazz rock voir de rock progressif, mais ça c'est un autre débat, j'y reviendrais peut-être un des ces quatre.

Bref, en 1975, John McLaughlin prends tout le monde à contre sens et fonde Shakti, avec sa guitare acoustique et accompagné de musiciens indiens, ce dernier va rendre un hommage à la musique traditionnelle indienne, au raga, soit la rencontre entre deux cultures musicales, ce qu'on appellera finalement plus tard la world music. Pour les présentations, John est entouré aux tablas de Zakir Hussain, du violoniste L. Shankar (neveu de Ravi tout de même), de R. Raghavan au mridangam et T.S. Vinayakaram au ghatam & mridangam.


Mais étais ce une réelle surprise de voir McLaughlin s'entourer de tels musiciens? Pas tant que ça, le jazz nous avait montré par le passé ses connections avec la musique traditionnelle indienne, et pas des musiciens de second rang, Miles ou Trane. Difficile en effet de ne pas sentir l'influence qu'a eu cette musique orientale sur le jazz modal d'un Miles et son divin Kind of Blue. De même, Trane fut aussi aspiré par la musique indienne (l'un de ses souhaits n'était il pas d'enregistrer avec Ravi Shankar?), on n'appelle pas une de ses compositions India par hasard! Ainsi, McLaughlin tout comme Trane, attiré par les formats étirés de cette musique décide de les mêlés avec une grammaire plus occidentale basée sur l'harmonie et la mélodie tout en gardant à l'esprit l'une des composantes les plus indispensables dans le jazz moderne, le rythme!

Ainsi un soir de 5 juillet 1975, John et ses amis décident d'enregistrer leur concert au South Hampton College, et quel concert! Shakti désigne à la fois la puissance, la force et l'énergie, et à l'écoute du premier titre Joy, effectivement on retrouve tout ceci... Sans doute le titre le plus coltranien de McLaughlin aussi. 18 minutes de musique intense, rapide, où la technicité de McLaughlin à la guitare fait des merveilles (après ça, je comprends que certain se soit mis au ukulélé), mais sans démonstration! La synthèse parfaite entre l'Ouest et l'Est. Une composition frénétique, nous invitant à la transe, très proche du mysticisme coltranien. Les deux autres titres se veulent tout autant hypnotique mais avec un tempo ralenti, Lotus Feet étant le versant le plus méditatif et intimiste.

En ce jeudi soir, je vous propose une vidéo du groupe datant des 70's (la qualité n'étant pas optimale).

What Need Have I For This
What Need Have I For That
I Am Dancing At The Feet Of My Lord
All Is Bliss
All Is Bliss



mercredi 5 décembre 2007

Ghost Rider on the road

Vu que certains (Thom pour ne pas le citer :p) font dans le réchauffé, à savoir je vous sers une louche d'une ancienne chro que j'agrémente d'une nouvelle version, histoire de prouver selon les cas que "j'ai décidément bon goût" ou cas contraire "la vache, mais comment j'ai pu apprécier un truc pareil", j'ai décidé de faire encore plus fort! A savoir resservir une ancienne chronique que j'avais non pas posté mais envoyé par mail il y a quelques temps (durant mon fumeux périple asiatique). L'intérêt pourrait être limité, en particulier pour ceux qui connaîtraient déjà la dite chro, et pourtant il serait dommage de faire l'impasse sur ce merveilleux billet (la méthode Coué est ma meilleure alliée). D'abord, il faut faire preuve d'altruisme, et pourquoi mes lecteurs (enfin ceux qui daignent user de leur précieux temps sur ce misérable blog... tiens la méthode Coué n'aura guère duré longtemps...) n'auraient ils pas le droit de subir cette missive? Et puis pour les autres, les destinataires du mail, au final, pas certains qu'ils lisent encore ou qu'ils ont déjà lu ce blog... De toute façon, je vous propose la version 2.0 de la chronique de Ghost Rider, alors hein bon, me baver pas sur les rouleaux!

Si mes souvenirs sont exacts, c'est au mois de Mars que j'ai décidé d'aller voir un navet au doux nom de Ghost Rider, enfin navet... il faut le dire vite, car derrière cette plante potagère se cachait en fait un délicieux nanar! Et puis que voulez vous, à cette époque, j'étais encore jeune et naïf, j'allais même préparer mon dossier de candidature pour les postes de maîtres de conférence (c'est dire à quel point j'étais ingénu)...

Premier point, même en sachant qu'on risque de perdre son temps, il est bon de garder ses anciens réflexes de pseudo-cinéphile et de chercher dès lors quelques renseignements à propos de l'œuvre artistique que vous allez admirer. De ce fait, j'eus l'agréable surprise de constater que cette relecture du comics de la Marvel était de nouveau réalisé par un spécialiste du genre... celui qui a réglé son compte à la franchise Dardevil, réalisateur dont de je tairais le nom, non par respect pour sa famille mais parce que j'ai tout simplement la flemme d'aller chercher son patronyme. Puisqu'on est dans les amabilités, je note que contrairement au film précédent, le Ghost Rider n'est pas joué par Ben Affleck, quel dommage! Certes, la fan du jeune premier au charisme d'huitre asthmatique et au talent discutable (tout le contraire du frangin Casey en passant) pourrait faire la mou, et pourtant on est loin de perdre au change, car entre un acteur qui cabotine à tout va et un autre qui tente d'avoir autant de réactivité qu'une tranche de foie de veau, ma préférence penche pour le premier...

Et justement, dans la catégorie, acteur qui se fourvoie dans un nombre incalculable de navets, qu'on a du mal à croire que ce dernier à jouer pour Lynch ou les frères Coen, je voudrais Nicolas Cage. En plus d'enfiler les daubes avec une rapidité qui force le respect, le neveu de FFC va ainsi cabotiner à un rythme frénétique, un régal pour les rétines. Dans Ghost Rider, Cage prends ainsi un malin plaisir à nous rejouer son personnage de Sailor (Wild at heart, dommage car finalement c'est peut-être le moins bon Lynch, enfin bon...), c'est à dire je pointe mon index vers le méchant et lui dis en gros à la Chuck, toi "tu va finir avec la bite dans un tupperware" (on notera tout de même que le garçon est sévèrement burné, car faire ça devant le Diable ou son rejeton, ouah, quel courage!). On oubliera pas non plus la propension à faire des grimaces du père Cage, à croire qu'il était en manque de quelque chose le gars...

Et l'histoire me direz vous? Car oui, le plus incroyable, c'est qu'il y en a une histoire... étonnant, non? En gros, un adolescent pactise avec le cornu pour que son paternel ne meurs point du cancer. Scène banal dirons nous, pour toi le jeune avide d'un Faust de supermarché. Sauf que... il ne porte pas le surnom de Malin (joué par Peter Fonda, tout en brushing) pour rien notre bouc préféré, le lendemain le papa meurt lors de son numéro de cascade à moto... C'est ballot! Du coup, le gamin est vénère, il a vendu son âme pour des bonbecks (ce qui expliquerai pourquoi 15 ans plus tard le personnage n'arrête pas de manger des bonbons, enfin je ne vois pas d'autre explication...). Alors il laisse tomber sa petite copine et part sur la route, raaaaaaaaaaaah tel un loner de la route, un vrai rebelle de l'asphalte... Tiens en parlant de la copine du loser, j'ai apprécié la scène bucolique où notre apprenti Faust d'opérette grave sur un tronc d'arbre "J & R forever", j'en ai usé tout mon paquet de kleenex tellement c'était émouvant... (le pire c'est que la dernière scène, ils nous refont le coup, le même champ de fleurs, le même arbre, âmes sensibles s'abstenir svp). Bref il laisse tomber sa girlfriend (encore un grand moment d'émotion, prévoir plusieurs paquets de mouchoirs en papier), puis devient un cascadeur reconnu (c'est papa qui serait fier de junior si le Diable avait pas été si méchant... un vrai mélodrame ce film), mais le Malin lui rappelle au bon souvenir du funeste contrat. Et c'est ainsi que va naître le fumeux Ghost Rider.

En effet, le rejeton de Mephistopheles fait des siennes, il veut sa part du gâteau, quel enfant ingrat (il convient au passage de pointer les lacunes de Belzebuth en matière d'éducation). Sans compter que c'est une grosse faignasse ce cornu, car il ne veut même pas botter le cul de junior lui-même (trop salissant?), et c'est à Johnny blaze de le faire (oui c'est le nom du heros, ca tape! j'attendais un moment avant de vous donner le patronyme du gars, ça se mérite...)! Bon on est rassuré car à la fin le fiston devient un tas de cendre, et Johnny pointe de nouveau du doigt le Diable en lui disant "bah ton contrat tu peux te le mettre où je pense, je vais rester un Ghost rider rien que pour te faire chier! Na! Et maintenant je serais là pour contrecarrer tes plans, et toc!".

Vous aurez compris, moi j'ai adoré ce film. Et encore j'ai fait quelques raccourcis osés, j'en conviens. Par contre pour un film de ce genre, je constate quand même peu d'action, et puis il dézingue rapidement ses ennemis le Johnny. Faut dire ils sont pas finauds, le Johnny est immortel, et ils veulent quand même lui péter sa gueule, y'sont cons ces démons, je vous jure... Et puis histoire de garder une certaine continuité dans les posts, Eva Mendes (l'homme lubrique appréciera au passage ses décolletés) joue dans ce nanar, comme quoi, on peut passer de Ghost Rider à We own the night.
Je vous passe la bande-annonce du chef d'œuvre où l'on peut distinguer les fabuleux effets spéciaux made in photoshop (mmmh le crane en feu) et puis comme Ghost Rider c'est aussi une chanson du duo Rev/Vega, une vidéo de Suicide avec un Alan Vega toujours aussi génial.